— Pas du tout, vous vous trompez… Madame Léonce est au-dessus de sa position. C'est une femme très comme il faut… Ah bien! si elle voulait s'emplir les mains, chez monsieur Gavard, il y a longtemps qu'elle n'aurait eu qu'à se baisser. Il paraît qu'il laisse tout traîner… C'est justement à propos de cela que je veux vous parler. Mais, silence, n'est-ce pas? Je vous dis ça sous le sceau du secret.

Elles jurèrent leurs grands dieux qu'elles seraient muettes. Elles avançaient le cou. Alors l'autre, solennellement:

— Vous saurez donc que monsieur Gavard est tout chose depuis quelque temps… Il a acheté des armes, un grand pistolet qui tourne, vous savez. Madame Léonce dit que c'est une horreur, que ce pistolet est toujours sur la cheminée ou sur la table, et qu'elle n'ose plus essuyer… Et ce n'est rien encore. Son argent…

— Son argent, répéta madame Lecoeur, dont les joues brûlaient.

— Eh bien, il n'a plus d'actions, il a tout vendu, il a maintenant dans une armoire un tas d'or…

— Un tas d'or, dit la Sarriette ravie.

— Oui, un gros tas d'or. Il y en a plein sur une planche. Ça éblouit. Madame Léonce m'a raconté qu'il avait ouvert l'armoire un matin devant elle, et que ça lui a fait mal aux yeux, tant ça brillait.

Il y eut un nouveau silence. Les paupières des trois femmes battaient, comme si elles avaient vu le tas d'or. La Sarriette se mit à rire la première, en murmurant:

— Moi, si mon oncle me donnait ça, je m'amuserais joliment avec Jules… Nous ne nous lèverions plus, nous ferions monter de bonnes choses du restaurant.

Madame Lecoeur restait comme écrasée sous cette révélation, sous cet or qu'elle ne pouvait maintenant chasser de sa vue. L'envie l'étreignait aux flancs. Enfin elle leva ses bras maigres, ses mains sèches, dont les ongles débordaient de beurre figé; et elle ne put que balbutier, d'un ton plein d'angoisse: