— Non, non, interrompit Lisa, je veux que tous les cancans finissent. Aujourd'hui, c'est le jour de la réconciliation. Il y en a assez, le quartier doit redevenir tranquille.
— Eh bien! voulez-vous que j'aille dire à la Normande que vous l'attendez? demanda la vieille.
— Oui, vous me ferez plaisir.
Mademoiselle Saget retourna rue Pirouette, effraya beaucoup la poissonnière, eu lui disant qu'elle venait de voir son portrait dans la poche de Lisa. Mais elle ne put la décider tout de suite à la démarche que sa rivale exigeait. La Normande fit ses conditions; elle irait, seulement la charcutière s'avancerait pour la recevoir jusqu'au seuil de la boutique. La vieille dut faire encore deux voyages, de l'une à l'autre, pour bien régler les points de l'entrevue. Enfin, elle eut la joie de négocier ce raccommodement qui allait faire tant de bruit. Comme elle repassait une dernière fois devant la porte de Claire, elle entendit toujours le bruit des ciseaux, dans le plâtre.
Puis, après avoir rendu une réponse définitive à la charcutière, elle se hâta d'aller chercher madame Lecoeur et la Sarriette. Elles s'établirent toutes trois au coin du pavillon de la marée, sur le trottoir, en face de la charcuterie. Là, elles ne pouvaient rien perdre de l'entrevue. Elles s'impatientaient, feignant de causer entre elles, guettant la rue Pirouette, d'où la Normande devait sortir. Dans les Halles, le bruit de la réconciliation courait déjà; les marchandes, droites à leur banc, se haussant, cherchaient à voir; d'autres, plus curieuses, quittant leur place, vinrent même se planter sous la rue couverte. Tous les yeux des Halles se tournaient vers la charcuterie. Le quartier était dans l'attente.
Ce fut solennel. Quand la Normande déboucha de la rue Pirouette, les respirations restèrent coupées.
— Elle a ses brillants, murmura la Sarriette.
— Voyez donc comme elle marche, ajouta madame Lecoeur; elle est trop effrontée.
La belle Normande, à la vérité, marchait en reine qui daignait accepter la paix. Elle avait fait une toilette soignée, coiffée avec ses cheveux frisés, relevant un coin de son tablier pour montrer sa jupe de cachemire; elle étrennait même un noeud de dentelle d'une grande richesse. Comme elle sentait les Halles la dévisager, elle se rengorgea encore en approchant de la charcuterie. Elle s'arrêta devant la porte.
— Maintenant, c'est au tour de la belle Lisa, dit mademoiselle Saget.
Regardez bien.