— Ah! bien, disait-elle souvent, le soir, après le dîner, c'est moi qui me chargerais de les ramener à la raison! Toutes, des femmes que je ne voudrais pas toucher du bout des doigts, de la canaille, de la saloperie! Cette Normande est la dernière des dernières… Tenez, je la mettrais à pied, moi! Il n'y a encore que l'autorité, entendez-vous, Florent. Vous avez tort, avec vos idées. Faites un coup de force, vous verrez comme tout le monde sera sage.
La dernière crise fut terrible. Un matin, la bonne de madame Taboureau, la boulangère, cherchait une barbue, à la poissonnerie. La belle Normande, qui la voyait tourner autour d'elle depuis quelques minutes, lui fit des avances, des cajoleries.
— Venez donc me voir, je vous arrangerai… Voulez-vous une paire de soles, un beau turbot?
Et, comme elle s'approchait enfin, et qu'elle flairait une barbue, avec la moue rechignée que prennent les clientes pour payer moins cher:
— Pesez-moi ça, continua la belle Normande, en lui posant sur la main ouverte la barbue enveloppée d'une feuille de gros papier jaune.
La bonne, une petite Auvergnate toute dolente, soupesait la barbue, lui ouvrait les ouïes, toujours avec sa grimace, sans rien dire. Puis, comme à regret:
— Et combien?
— Quinze francs, répondit la poissonnière.
Alors l'autre remit vite le poisson sur le marbre. Elle parut se sauver. Mais la belle Normande la retint.
— Voyons, dites votre prix.