— Comment, la police?

— Certainement, puisque tu t'occupes de politique, maintenant.

Il s'assit sur son séant, hors de lui, frappé en pleine poitrine par cette attaque rude et imprévue.

— Je m'occupe de politique, je m'occupe de politique, répétait-il; la police n'a rien à voir là dedans, je ne me compromets pas.

— Non, reprit Lisa avec un haussement d'épaules, tu parles simplement de faire fusiller tout le monde.

— Moi! moi!

— Et tu cries cela chez un marchand de vin… Mademoiselle Saget t'a entendu. Tout le quartier, à cette heure sait que tu es un rouge.

Du coup, il se recoucha. Il n'était pas encore bien éveillé. Les paroles de Lisa retentissaient, comme s'il eût déjà entendu les fortes bottes des gendarmes, à la porte de la chambre. Il la regardait, coiffée, serrée dans son corset, sur son pied de toilette habituel, et il s'ahurissait davantage, à la trouver si correcte dans cette circonstance dramatique.

— Tu le sais, je te laisse absolument libre, reprit-elle après un silence, tout en continuant à classer les papiers; je ne veux pas porter les culottes, comme on dit… Tu es le maître, tu peux risquer ta situation, compromettre notre crédit, ruiner la maison… Moi, je n'aurai plus tard qu'à sauvegarder les intérêts de Pauline.

Il protesta, mais elle le fit taire du geste, en ajoutant: