—Amen», répondait l'enfant de chœur.
Et tout fut emporté, au milieu de cette détonation cinglante et assourdissante, qui se prolongeait avec une violence continue de fusillade.
Bongrand, exaspéré, se tournait vers la locomotive. Elle se tut, ce fut un soulagement. Des larmes étaient montées aux yeux de Sandoz, ému déjà des choses sorties involontairement de ses lèvres, derrière le corps de son vieux camarade, comme s'ils avaient eu ensemble une de leurs causeries grisantes d'autrefois; et, maintenant, il lui semblait qu'on allait mettre en terre sa jeunesse; c'était une part de lui-même, la meilleure, celle des illusions et des enthousiasmes, que les fossoyeurs enlevaient, pour la faire glisser au fond du trou. Mais, à cette minute terrible, un accident vint encore augmenter son chagrin. Il avait tellement plu, les jours précédents, et la terre était si molle qu'un brusque éboulement se produisit. Un des fossoyeurs dut sauter dans la fosse, pour la vider à la pelle, d'un jet lent et rythmique. Cela n'en finissait pas, s'éternisant au milieu de l'impatience du prêtre et de l'intérêt des quatre voisins, qui avaient suivi jusqu'au bout, sans qu'on sût pourquoi. Et, là-haut, sur le talus, la locomotive avait repris ses manœuvres, reculait en hurlant, à chaque tour de roue, le foyer ouvert, incendiant le jour mode d'une pluie de braise.
Enfin, la fosse fut vidée, on descendit le cercueil, on se passa le goupillon: C'était fini. Debout, de son air correct et charmant, le petit cousin fit les honneurs, serra les mains de tous ces gens qu'il n'avait jamais vus, en mémoire de ce parent dont il ne se rappelait pas le nom la veille. «Mais il est très bien, ce calicot», dit Bongrand, qui ravalait ses larmes.
Sandoz, sanglotant, répondit:
«Très bien.» Tous s'en allaient, les surplis du prêtre et de l'enfant de chœur disparaissaient entre les arbres verts, les voisins débandés flânaient, lisaient les inscriptions.
Et Sandoz, se décidant à quitter la fosse à demi comblée, reprit:
«Nous seuls l'aurons connu... Plus rien, pas même un nom!
—Il est bien heureux, dit Bongrand, il n'a pas de tableau en train, dans la terre où il dort... Autant partir que de s'acharner comme nous à faire des enfants infirmes, auxquels il manque toujours des morceaux, les jambes ou la tête, et qui ne vivent pas.
—Oui, il faut vraiment manquer de fierté, se résigner à l'à-peu-près et tacher avec la vie... Moi qui pousse mes bouquins jusqu'au bout, je me méprise de les sentir incomplets et mensongers, malgré mon effort.» La face pâle, ils s'en allaient lentement, côte à côte, au bord des blanches tombes d'enfants, le romancier alors dans toute la force de son labeur et de sa renommée, le peintre déclinant et couvert de gloire.