«Ils sont gais, ici!

—Dame! c'est qu'il y a de quoi, fit remarquer Sandoz.

Regarde donc ces rosses extravagantes.» Mais, à ce moment, comme ils s'attardaient dans la première salle, Fagerolles, sans les voir, tomba sur eux.

Il eut un sursaut, contrarié sans doute de la rencontre.

Du reste, il se remit tout de suite, très aimable.

«Tiens! je songeais à vous... Je suis là depuis une heure.

—Où ont-ils donc fourré le tableau de Claude? demanda Sandoz.

Fagerolles, qui venait de rester vingt minutes planté devant ce tableau, l'étudiant et étudiant l'impression du public, répondit sans une hésitation:

«Je ne sais pas... Nous allons le chercher ensemble, voulez-vous?» Et il se joignit à eux. Le terrible farceur qu'il était, n'affectait plus autant des allures de voyou, déjà correctement vêtu, toujours d'une moquerie à mordre le monde, mais les lèvres désormais pincées en une moue sérieuse de garçon qui veut arriver. Il ajouta, l'air convaincu:

«C'est moi qui regrette de n'avoir rien envoyé, cette année! Je serais ici avec vous autres, j'aurais ma part du succès... Et il y a des machines étonnantes, mes enfants! Par exemple, ces chevaux...» Il montrait, en face d'eux, la vaste toile, devant laquelle la foule s'attroupait en riant. C'était, disait-on, l'œuvre d'un ancien vétérinaire, des chevaux grandeur nature lâchés dans un pré, mais des chevaux fantastiques, bleus, violets, roses, et dont la stupéfiante anatomie perçait la peau.