Aussi allait-il sans doute se décider à la coucher au bord de l'eau.

«Hein? qu'en dis-tu?... Comment la trouves-tu?

—Pas mal, répondit enfin le peintre. Un peu romance, malgré ses cuisses de bouchère; mais ça ne se jugera qu'à l'exécution... Et debout, mon vieux, debout, autrement tout fiche le camp!». Le poêle ronflait, et Chaîne, muet, se releva. Il rôda un instant, entra dans l'arrière-boutique noire, où se trouvait le lit qu'il partageait avec Mahoudeau; puis, il reparut, le chapeau sur la tête, plus silencieux encore, d'un silence volontaire, accablant. Sans hâte, de ses doigts gourds de paysan, il prit un morceau de fusain, il écrivit sur le mur: Je vais acheter du tabac, remets du charbon dans le poêle. Et il sortit.

Stupéfait, Claude l'avait regardé faire. Il se tourna vers l'autre.

«Quoi donc?...

—Nous ne nous parlons plus, nous nous écrivons, dit tranquillement le sculpteur.

—Depuis quand?

—Trois mois.

—Et vous couchez ensemble?

—Oui.» Claude éclata d'un grand rire. Ah! par exemple, il fallait des caboches joliment dures! Et à propos de quoi cette brouille? Mais, vexé, Mahoudeau s'emportait contre cette brute de Chaîne. Est-ce qu'un soir, rentrant à l'improviste, il ne l'avait pas surpris avec Mathilde, l'herboriste d'à côté, en chemise tous les deux, mangeant un pot de confiture! Ce n'était pas l'affaire de la trouver sans jupon: ça, il s'en fichait; seulement, le pot de confiture était de trop. Non! jamais il ne pardonnerait qu'on se payât salement des douceurs en cachette, lorsque lui mangeait son pain sec! Que diable, on fait comme pour la femme, on partage; Et il y avait bientôt trois mois que la rancune durait, sans une détente, sans une explication. La vie s'était organisée, ils réduisaient les rapports strictement nécessaires aux courtes phrases, charbonnées le long des murs.