—Sans doute, ne manquez pas cette occasion de visiter les montagnes, puisque vous le désirez tant. Votre fille sera si heureuse de vous savoir heureux!

Mais ils furent interrompus, une servante leur apportait les deux tasses de chocolat, avec deux petits pains, sur un plateau garni d'une serviette; et, comme elle avait laissé la porte ouverte, on apercevait une partie du couloir, en enfilade.

—Tiens! on fait déjà la chambre de mon voisin, remarqua M. de Guersaint, curieux. Il est marié, n'est-ce pas?

La servante s'étonna.

—Oh! non, il est tout seul.

—Comment, tout seul! mais il n'a pas cessé de remuer, et l'on causait, l'on soupirait chez lui, ce matin!

—Ce n'est pas possible, il est tout seul... Il vient de descendre, après avoir donné l'ordre qu'on fasse sa chambre vivement. Et il n'y a bien qu'une pièce, avec un grand placard, dont il a emporté la clef... Sans doute qu'il a serré là des valeurs...

Elle s'oubliait à bavarder, en disposant les deux tasses de chocolat sur la table.

—Oh! un monsieur si comme il faut!... L'année dernière, il avait retenu un des petits pavillons isolés que monsieur Majesté loue, dans la ruelle voisine. Mais, cette année, il s'y est pris trop tard, il a dû se contenter de cette chambre, ce qui l'a désespéré vraiment... Comme il ne veut pas manger avec tout le monde, il se fait servir chez lui, il boit du bon vin, mange de bons morceaux.

—C'est ça, conclut gaiement M. de Guersaint, il aura trop bien dîné tout seul, hier soir.