Enfin, un petit homme parut, le type du Pyrénéen vif et noueux, à la face longue, aux pommettes saillantes, le teint hâlé, éclaboussé de rouge. Ses gros yeux luisants ne restaient jamais immobiles; et il y avait, dans toute sa maigre personne, un frémissement, une exubérance continue de gestes et de paroles.
—C'est pour monsieur, une barbe, n'est-ce pas?... Je demande pardon à monsieur; mais mon garçon est sorti, et j'étais là, avec mes pensionnaires... Si monsieur veut s'asseoir, je vais lui expédier ça tout de suite.
Et Cazaban, daignant opérer en personne, battait le savon, affilait le rasoir. Il avait eu un coup d'œil inquiet sur la soutane de Pierre, qui, sans dire un mot, s'était assis et avait ouvert un journal, dans lequel il semblait plongé.
Il y eut un silence. Mais Cazaban en souffrit tout de suite; et, comme il couvrait de savon le menton de son client:
—Imaginez-vous, monsieur, que mes pensionnaires se sont oubliés si tard à la Grotte, qu'ils déjeunent à peine. Vous les entendez? Je restais avec eux par politesse... Mais, n'est-ce pas? je me dois aussi à mes clients, il faut bien contenter tout le monde.
Alors, M. de Guersaint, qui aimait également à causer, le questionna.
—Vous logez des pèlerins?
—Oh! monsieur, nous en logeons tous, répondit simplement le coiffeur. C'est le pays qui veut ça.
—Et vous les accompagnez à la Grotte?
Du coup, Cazaban se révolta, le rasoir en l'air, très digne.