Ils la descendirent, le prêtre s'attela au petit chariot, qui roula doucement sous le ciel criblé d'étoiles, tandis que M. de Guersaint marchait à côté. C'était une nuit sans lune, admirablement belle, un velours d'un bleu sombre, piqué de diamants; et la douceur de l'air était exquise, un bain tiède d'air pur, embaumé par l'odeur des montagnes. Beaucoup de pèlerins se pressaient dans la rue, marchant tous vers la Grotte; mais la foule restait discrète, un flot humain recueilli, n'ayant plus la badauderie foraine de la journée. Et, dès le plateau de la Merlasse, les ténèbres s'élargissaient, on entrait sous le ciel immense, dans le lac d'ombre des pelouses et des grands arbres, d'où l'on ne voyait se dresser, à gauche, que la flèche mince et pâle de la Basilique.
Pierre fut pris d'inquiétude devant la foule de plus en plus compacte, à mesure qu'on avançait. Sur la place du Rosaire, déjà l'on marchait avec peine.
—Il ne faut pas songer à nous approcher de la Grotte, dit-il en s'arrêtant. Le mieux serait de gagner une allée, derrière l'Abri des pèlerins, et d'attendre là.
Mais Marie désirait vivement voir le départ de la procession.
—Mon ami, de grâce, tâchez d'aller jusqu'au Gave. Je verrai de loin, je ne demande pas à m'approcher.
Et M. de Guersaint, aussi curieux qu'elle, insista à son tour.
—Ne vous inquiétez pas, je suis là derrière, et je veille à ce que personne ne la bouscule.
Pierre dut se remettre à tirer le chariot. Il lui fallut un quart d'heure, avant de passer sous une des arches de la rampe de droite, tellement la foule s'y écrasait. Ensuite, il obliqua un peu, finit par se trouver sur le quai, au bord du Gave, où de simples spectateurs occupaient le trottoir; et il put s'avancer encore pendant une cinquantaine de mètres, il arrêta le chariot contre le parapet même, bien en vue de la Grotte.
—Serez-vous bien là?
—Oh! oui, merci! Seulement, il faut m'asseoir, j'en verrai davantage.