Elle souriait divinement, d'un air de rêveuse éveillée, les yeux perdus, si absente, si absorbée dans l'idée fixe, qu'elle ne voyait, au loin, que la certitude de son espoir. Et la salle Sainte-Honorine venait de se vider autour d'elle, toutes les malades étaient parties à la Grotte, il ne restait là, dans le lit voisin, que madame Vêtu, agonisante. Mais elle ne l'apercevait même pas, elle était ravie de la paix brusque qui s'était faite. On avait ouvert une des fenêtres sur la cour, le soleil de la radieuse matinée entrait en un large rayon, dont la poussière d'or, précisément, dansait sur son drap, baignant ses mains pâles. Cela était si bon, cette salle lugubre la nuit, avec son entassement de grabats douloureux, sa puanteur, ses gémissements de cauchemar, tout d'un coup ensoleillée ainsi, et rafraîchie par l'air matinal, et tombée à une telle douceur de silence!
—Pourquoi n'essayez-vous pas de dormir un peu? reprit maternellement madame de Jonquière. Vous devez être brisée, de toute une nuit de veille.
Marie parut surprise, si légère, si envolée, qu'elle ne sentait plus ses membres.
—Mais je ne suis pas fatiguée du tout, je n'ai pas sommeil... Dormir, oh! non, cela serait trop triste, je ne saurais plus que je vais être guérie.
Cela fit rire la directrice.
—Alors, pourquoi n'avez-vous pas voulu qu'on vous menât à la Grotte? Vous allez vous ennuyer dans ce lit, toute seule.
—Je ne suis pas seule, madame, je suis avec elle.
Elle joignait les mains, en son extase, tandis que s'évoquait sa vision.
—Vous savez que, cette nuit, je l'ai vue qui inclinait la tête, en me souriant... J'ai bien compris, j'ai bien entendu sa voix, sans qu'elle ouvrît les lèvres. À quatre heures, lorsque passera le Saint-Sacrement, je serai guérie.
Madame de Jonquière voulut la calmer, un peu inquiète de cette sorte de somnambulisme où elle la voyait. Mais la malade répétait: