Et elle alla chercher madame de Jonquière, près du lit de Marie.
—Entendez-vous, madame, cette malheureuse qui souffre? Sœur Hyacinthe prétend qu'elle n'en a plus que pour quelques heures. Mais nous ne pouvons la laisser gémir ainsi... Il y a des choses pour calmer. Ce jeune médecin qui est ici, pourquoi ne pas le faire venir?
—Certainement, répondit la directrice. Tout de suite!
On ne pensait jamais au médecin, dans les salles. L'idée n'en venait à ces dames qu'au moment des crises terribles, lorsqu'une de leurs malades hurlait de douleur.
Sœur Hyacinthe elle-même, étonnée de n'avoir pas songé à Ferrand, qu'elle savait dans une pièce voisine, demanda:
—Voulez-vous, madame, que j'aille chercher monsieur Ferrand?
—Mais sans doute! ramenez-le vite.
Et, lorsque la sœur fut partie, madame de Jonquière se fit aider par madame Désagneaux, pour relever un peu la tête de la moribonde, pensant que cela la soulagerait. Ces dames se trouvaient justement seules, ce matin-là, toutes les autres dames hospitalières étant allées à leurs affaires ou à leurs dévotions. Au fond de la grande salle vide, d'une paix si douce, où le soleil mettait son tiède frisson, on n'entendait toujours, par moments, que les rires légers de l'enfant qu'on ne voyait pas.
—Est-ce que c'est Sophie qui fait tout ce bruit? dit soudain la directrice, un peu énervée, dans le gros ennui de la catastrophe qu'elle prévoyait.
Elle marcha vivement, alla jusqu'au bout de la salle; et c'était en effet Sophie Couteau, la petite miraculée de l'année précédente, assise par terre, derrière un lit, qui, malgré ses quatorze ans, s'amusait à faire une poupée avec des chiffons. Elle lui parlait, elle était si heureuse, si perdue dans son jeu, qu'elle en riait d'aise.