Étonnée, la tête pleine et bourdonnante de la direction de sa salle, madame de Jonquière ne comprenait pas.

—Quoi donc, mon enfant?

Alors, Raymonde baissa la voix; et, rougissante un peu:

—Mon mariage!

Ce fut le tour de la mère à se réjouir. Une satisfaction vive éclata sur son gras visage de femme mûre, belle et agréable encore. Tout de suite, elle avait revu leur petit logement de la rue Vaneau, où, depuis la mort de son mari, elle élevait si étroitement sa fille, avec les quelques milliers de francs qu'il lui laissait. Le mariage, c'était la vie recommencée, les salons rouverts, la belle situation d'autrefois reconquise.

—Ah! mon enfant, que je suis contente!

Mais une gêne, brusquement, l'embarrasse. Dieu lui était témoin que, depuis trois ans, elle venait à Lourdes par un besoin de charité, pour la seule grande joie de soigner ses chers malades. Peut-être, dans son dévouement, si elle avait fait son examen de conscience, eût-elle trouvé aussi un peu de sa nature autoritaire, qui lui rendait très doux l'exercice du commandement. Et l'espoir de trouver un mari pour sa fille, parmi les jeunes gens de son monde qui pullulaient à la Grotte, ne serait sincèrement arrivé qu'en dernier. Elle y pensait bien, simplement comme à une chose possible, dont elle ne parlait pas.

Cependant, le bonheur lui arracha un aveu.

—Ah! mon enfant, la réussite ne m'étonne pas, je l'avais demandée ce matin à la sainte Vierge.

Puis, elle voulut une certitude, elle se fit donner des détails. Raymonde ne lui avait pas encore conté sa longue promenade de la veille, au bras de Gérard, désireuse de ne lui parler de ces choses que triomphante, certaine d'avoir conquis enfin un mari. Et c'était fait, comme elle le criait si gaiement: le matin même, elle avait revu à la Grotte le jeune homme, qui s'était engagé d'une façon formelle. Certainement, M. Berthaud ferait la demande pour son cousin, avant leur départ de Lourdes.