Pierre prenait son chapeau, tous les trois descendirent, parlant très haut, riant dans l'escalier, d'une gaieté d'écoliers qui entrent en vacances. Et ils gagnaient déjà la rue, lorsque, sous le porche, madame Majesté se précipita. Elle devait guetter leur sortie.
—Ah! mademoiselle, ah! messieurs, permettez que je vous félicite... Nous avons su la grâce extraordinaire qui vous a été faite, nous sommes si heureux, si flattés, lorsque la sainte Vierge veut bien distinguer quelqu'un de notre clientèle!
Son visage sec et dur se fondait d'amabilité, elle regardait la miraculée avec des yeux de caresse. Puis, elle appela vivement son mari qui passait.
—Regarde donc, mon ami! c'est mademoiselle, c'est mademoiselle...
Le visage glabre de Majesté, bouffi de graisse jaune, prit une expression de joie et de reconnaissance.
—En vérité, mademoiselle, je ne puis pas vous dire combien nous sommes honorés... Nous n'oublierons jamais que monsieur votre père est descendu chez nous. Cela fait déjà bien des envieux.
Et madame Majesté, pendant ce temps, arrêtait les autres voyageurs qui sortaient, appelait du geste les familles déjà installées dans la salle à manger, aurait fait entrer la rue, si on lui en eût laissé le loisir, pour montrer qu'elle avait là, chez elle, le miracle dont Lourdes tout entier s'émerveillait depuis la veille. Du monde finissait par s'amasser, un attroupement se faisait peu à peu, pendant qu'elle chuchotait à l'oreille de chacun:
—Regardez, c'est elle, la jeune personne, vous savez, la jeune personne...
Tout d'un coup, elle s'écria:
—Je vais chercher Appoline au magasin, il faut qu'Appoline voie mademoiselle.