Et elle entra la première dans le magasin, un des plus vastes de la rue en effet, et qui occupait le rez-de-chaussée de l'hôtel, à gauche. M. de Guersaint et Pierre la suivirent.
Appoline, la nièce des Majesté, chargée de la vente, se trouvait debout sur un escabeau, en train de prendre des bénitiers dans une vitrine haute, pour les montrer à un jeune homme, un brancardier élégant, porteur d'admirables guêtres jaunes. Elle riait d'un roucoulement de tourterelle, charmante, avec d'épais cheveux noirs, des yeux superbes dans une face un peu carrée, au front droit, aux joues larges, aux fortes lèvres rouges. Et Pierre vit très nettement la main du jeune homme au bord de la jupe, chatouillant le bas d'une jambe qui semblait s'être offerte là volontiers. Ce ne fut d'ailleurs que la vision d'une seconde. Déjà la jeune fille était lestement sautée à terre, en demandant:
—Alors, vous ne croyez pas que ce modèle de bénitier conviendrait à madame votre tante?
—Non, non! répondit le brancardier en s'en allant. Procurez-vous l'autre modèle. Je ne pars que demain, je reviendrai.
Lorsque Appoline sut que Marie était la miraculée dont madame Majesté parlait depuis la veille, elle montra beaucoup d'empressement. Elle la regardait avec son gai sourire, où il y avait une pointe de surprise, d'incrédulité discrète, comme la sourde moquerie d'une belle fille, folle de son corps, en présence d'une virginité si enfantine et attardée. Mais la vendeuse adroite qu'elle était se répandit en paroles aimables.
—Ah! mademoiselle, je serai si heureuse de vous vendre! c'est tellement beau, votre miracle!... Voyez, tout le magasin est à vous. Nous avons le plus grand choix.
Marie était gênée.
—Je vous remercie, vous êtes bien aimable... Nous ne venons vous acheter que des petites choses.
—Si vous le permettez, dit M. de Guersaint, nous allons faire notre choix nous-mêmes.
—Eh bien! c'est cela, choisissez, monsieur. Ensuite, nous verrons.