Sur le quai de débarquement, à l'intérieur de la gare, la bousculade continuait. Pendant que les pèlerins valides et les malades ayant encore des jambes pouvaient s'en aller, déblayant un peu le trottoir, les grands malades s'attardaient là, difficiles à descendre et à emporter. Et, surtout, les brancardiers s'effaraient, couraient follement avec leurs brancards et leurs voitures, au milieu de cette débordante besogne, qu'ils ne savaient par quel bout commencer.

Comme Berthaud, suivi de Gérard, passait en gesticulant, il aperçut deux dames et une jeune fille, debout près d'un bec de gaz, et qui paraissaient attendre. Il reconnut Raymonde, il arrêta vivement son compagnon du geste.

—Ah! mademoiselle, que je suis heureux de vous voir! Madame votre mère se porte bien, vous avez fait un bon voyage, n'est-ce pas?

Puis, sans attendre:

—Mon ami, monsieur Gérard de Peyrelongue.

Raymonde regardait fixement le jeune homme, de ses yeux clairs, souriants.

—Oh! j'ai le plaisir de connaître un peu monsieur. Nous nous sommes déjà rencontrés à Lourdes.

Alors, Gérard, trouvant que son cousin Berthaud menait les choses trop rondement, bien résolu à ne pas se laisser engager ainsi, se contenta de saluer d'un air de grande politesse.

—Nous attendons maman, reprit la jeune fille. Elle est très occupée, elle a de gros malades.

La petite madame Désagneaux, avec sa jolie tête blonde aux cheveux fous, se récria, dit que c'était bien fait, que madame de Jonquière avait refusé ses services; et elle piétinait d'impatience, elle brûlait de s'en mêler, d'être utile; tandis que madame Volmar, effacée, muette, se désintéressait, tâchait simplement de percer l'ombre, comme si elle eût cherché quelqu'un, de ses yeux magnifiques, voilés d'ordinaire, où s'allumait un brasier.