— Ma foi, oui, si vous me trouvez une héritière dans la contrée… Il doit y avoir ici des femmes délicieuses.

La vieille dame remerciait également Daguenet et Fauchery d'avoir bien voulu accepter l'invitation de son fils, lorsqu'elle éprouva une joyeuse surprise, en voyant entrer le marquis de Chouard, qu'une troisième voiture amenait.

— Ah! ça, s'écria-t-elle, c'est donc un rendez-vous, ce matin? Vous vous êtes donné le mot. Que se passe-t-il? Voilà des années que je n'ai pu vous réunir, et vous tombez tous à la fois… Oh! je ne me plains pas.

On ajouta un couvert. Fauchery se trouvait près de la comtesse Sabine, qui le surprenait par sa gaieté vive, elle qu'il avait vue si languissante, dans le salon sévère de la rue Miromesnil. Daguenet, assis à la gauche d'Estelle, paraissait au contraire inquiet du voisinage de cette grande fille muette, dont les coudes pointus lui étaient désagréables. Muffat et Chouard avaient échangé un regard sournois. Cependant, Vandeuvres poussait la plaisanterie de son prochain mariage.

— A propos de dame, finit par lui dire madame Hugon, j'ai une nouvelle voisine que vous devez connaître.

Et elle nomma Nana. Vandeuvres affecta le plus vif étonnement.

— Comment! la propriété de Nana est près d'ici!

Fauchery et Daguenet, également, se récrièrent. Le marquis de
Chouard mangeait un blanc de volaille, sans paraître comprendre.
Pas un des hommes n'avait eu un sourire.

— Sans doute, reprit la vieille dame, et même cette personne est arrivée hier soir à la Mignotte, comme je le disais. J'ai appris ça ce matin par le jardinier.

Du coup, ces messieurs ne purent cacher une très réelle surprise. Tous levèrent la tête. Eh quoi! Nana était arrivée! Mais ils ne l'attendaient que le lendemain, ils croyaient la devancer! Seul, Georges resta les cils baissés, regardant son verre, d'un air las. Depuis le commencement du déjeuner, il semblait dormir, les yeux ouverts, vaguement souriant.