— Ah! il est cocu… Eh bien! mon cher, c'est embêtant. Moi, ça m'a toujours dégoûtée, un cocu.
Quand elle entra enfin dans le cabinet, elle aperçut Muffat, assis sur un étroit divan, qui se résignait, la face blanche, les mains nerveuses. Il ne lui fit aucun reproche. Elle, toute remuée, était partagée entre la pitié et le mépris. Ce pauvre homme, qu'une vilaine femme trompait si indignement! Elle avait envie de se jeter à son cou, pour le consoler. Mais, tout de même, c'était juste, il était idiot avec les femmes; ça lui apprendrait. Cependant, la pitié l'emporta. Elle ne le lâcha pas, après avoir mangé ses huîtres, comme elle se l'était promis. Ils restèrent à peine un quart d'heure au Café anglais, et rentrèrent ensemble boulevard Haussmann. Il était onze heures; avant minuit, elle aurait bien trouvé un moyen doux de le congédier.
Par prudence, dans l'antichambre, elle donna un ordre à Zoé.
— Tu le guetteras, tu lui recommanderas de ne pas faire de bruit, si l'autre est encore avec moi.
— Mais où le mettrai-je, madame?
— Garde-le à la cuisine. C'est plus sûr.
Muffat, dans la chambre, ôtait déjà sa redingote. Un grand feu brûlait. C'était toujours la même chambre, avec ses meubles de palissandre, ses tentures et ses sièges de damas broché, à grandes fleurs bleues sur fond gris. Deux fois, Nana avait rêvé de la refaire, la première tout en velours noir, la seconde en satin blanc, avec des noeuds roses; mais, dès que Steiner consentait, elle exigeait l'argent que ça coûterait, pour le manger. Elle avait eu seulement le caprice d'une peau de tigre devant la cheminée, et d'une veilleuse de cristal, pendue au plafond.
— Moi, je n'ai pas sommeil, je ne me couche pas, dit-elle, lorsqu'ils se furent enfermés.
Le comte lui obéissait avec une soumission d'homme qui ne craint plus d'être vu. Son unique souci était de ne pas la fâcher.
— Comme tu voudras, murmura-t-il.