Mais, tout en exigeant des explications, il ne voulait pas les entendre.

— Oui, ça va trop vite, reprit-il plus calme; et, vois-tu, ma petite, j'en ai assez, de cette cuisine en commun… Tu sais que ces sept mille francs sont à moi. Eh bien! puisque je les tiens, je les garde… Dame! du moment que tu es une gâcheuse, je n'ai pas envie d'être ruiné. A chacun son bien.

Et, magistralement, il mit l'argent dans sa poche. Nana le regardait, stupéfaite. Lui, continuait avec complaisance:

— Tu comprends, je ne suis pas assez bête pour entretenir des tantes et des enfants qui ne sont pas à moi… Ça t'a plu de dépenser ton argent, ça te regarde; mais le mien, c'est sacré!… Quand tu feras cuire un gigot, j'en paierai la moitié. Le soir, nous réglerons, voilà!

Du coup, Nana fut révoltée. Elle ne put retenir ce cri:

— Dis donc, tu as bien mangé mes dix mille francs… C'est
cochon, ça!

Mais il ne s'attarda pas à discuter davantage. Par-dessus la
table, à toute volée, il lui allongea un soufflet, en disant:

— Répète un peu!

Elle répéta, malgré la claque, et il tomba sur elle, à coups de pied et à coups de poing. Bientôt, il l'eut mise dans un tel état, qu'elle finit, comme d'habitude, par se déshabiller et se coucher en pleurant. Lui, soufflait. Il se couchait à son tour, lorsqu'il aperçut, sur la table, la lettre qu'il avait écrite à Georges. Alors, il la plia avec soin, tourné vers le lit, en disant d'un air menaçant:

— Elle est très bien, je la mettrai à la poste moi-même, parce que je n'aime pas les caprices… Et ne geins plus, tu m'agaces.