— Ah! oui, celui qui me monte, murmura-t-elle en riant.

Et elle le trouva joliment laid. Tous les jockeys lui avaient l'air crétin; sans doute, disait-elle, parce qu'on les empêchait de grandir. Celui-là, un homme de quarante ans, paraissait un vieil enfant desséché, avec une longue figure maigre, creusée de plis, dure et morte. Le corps était si noueux, si réduit, que la casaque bleue, aux manches blanches, semblait jetée sur du bois.

— Non, tu sais, reprit-elle en s'en allant, il ne ferait pas mon bonheur.

Une cohue emplissait encore la piste, dont l'herbe, mouillée et piétinée, était devenue noire. Devant les deux tableaux indicateurs, très hauts sur leur colonne de fonte, la foule se pressait, levant la tête, accueillant d'un brouhaha chaque numéro de cheval, qu'un fil électrique, relié à la salle du pesage, faisait apparaître. Des messieurs pointaient sur des programmes; Pichenette, retirée par son propriétaire, causait une rumeur. D'ailleurs, Nana ne fit que traverser, au bras de Labordette. La cloche, pendue au mât de l'oriflamme, sonnait avec persistance, pour qu'on évacuât la piste.

— Ah! mes enfants, dit-elle en remontant dans son landau, une blague, leur enceinte du pesage!

On l'acclamait, on battait des mains autour d'elle: «Bravo! Nana!… Nana nous est rendue!…» Qu'ils étaient bêtes! Est-ce qu'ils la prenaient pour une lâcheuse? Elle revenait au bon moment. Attention! ça commençait. Et le champagne en était oublié, on cessa de boire.

Mais Nana restait surprise de trouver Gaga dans sa voiture, avec Bijou et Louiset sur les genoux; Gaga s'était décidée, pour se rapprocher de la Faloise, tout en racontant qu'elle avait voulu embrasser bébé. Elle adorait les enfants.

— A propos, et Lili? demanda Nana. C'est bien elle qui est là-bas, dans le coupé de ce vieux?… On vient de m'apprendre quelque chose de propre.

Gaga avait pris une figure éplorée.

— Ma chère, j'en suis malade, dit-elle avec douleur. Hier, j'ai dû garder le lit, tant j'avais pleuré, et aujourd'hui je ne croyais pas pouvoir venir… Hein? tu sais quelle était mon opinion? Je ne voulais pas, je l'avais fait élever dans un couvent, pour un bon mariage. Et des conseils sévères, et une surveillance continuelle… Eh bien! ma chère, c'est elle qui a voulu. Oh! une scène, des larmes, des mots désagréables, au point même que je lui ai allongé une calotte. Elle s'ennuyait trop, elle voulait y passer… Alors, quand elle s'est mise à dire: «C'est pas toi, après tout, qui as le droit de m'en empêcher», je lui ai dit: «Tu es une misérable, tu nous déshonores, va-t'en!» Et ça s'est fait, j'ai consenti à arranger ça… Mais voilà mon dernier espoir fichu, moi qui avais rêvé, ah! des choses si bien!