Il resta songeur et triste. Nous nous étions assis sur les tas de diamants, et je le regardai, la main gauche perdue dans le panier des rubis, la main droite faisant couler machinalement des poignées d'émeraudes. Les enfants font ainsi couler le sable entre leurs doigts.
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Au bout d'un silence:
—Vous devez mener une vie intolérable! m'écriai-je. Vous vivez ici dans la haine des hommes… N'avez-vous aucun plaisir?
Il me regarda, d'un air surpris.
—Je travaille, répondit-il simplement, je ne m'ennuie jamais… Quand je suis en gaieté, mes jours de folie, je mets quelques-uns de ces cailloux dans ma poche, et je vais m'installer au bout de mon jardin, derrière une meurtrière qui donne sur le boulevard… Là, de temps à autre, je lance un diamant au millieu de la chaussée….
Il riait encore au souvenir de cette excellente plaisanterie.
—Vous ne sauriez vous imaginer les grimaces des gens qui trouvent mes cailloux. Ils frissonnent, ils regardent derrière eux, puis ils se sauvent avec des pâleurs de mort. Ah! les pauvres gens, quelles bonnes comédies ils m'ont données! J'ai passé là de joyeuses heures.
Sa voix sèche me causait un malaise inexprimable. Évidemment, il se moquait de moi.
—Hein! jeune homme, reprit-il, j'ai là de quoi acheter bien des femmes; mais je suis un vieux diable… Vous comprenez que, si j'avais la moindre ambition, il y a longtemps que je serais roi quelque part… Bah! je ne tuerais pas une mouche, je suis bon, et c'est pour cela que je laisse vivre les hommes.