—Non, je ne crois pas, me répondit-elle… Je rêvais que j'avais un garçon: il était déjà très-grand et portait d'adorables petites moustaches noires… L'oncle Lazare me disait hier qu'il l'avait aussi vu en rêve.
Je commis une grosse maladresse.
—Je connais l'enfant mieux que vous, repris-je. Je le vois chaque nuit. C'est une fille…
Et comme Babet se tournait vers la muraille, près de pleurer, je compris ma bêtise, je me hâtai d'ajouter:
—Quand je dis une fille… je ne suis pas bien sûr. Je vois l'enfant tout petit, avec une longue robe blanche… C'est certainement un garçon.
Babet m'embrassa pour cette bonne parole.
—Va surveiller les vendanges, reprit-elle. Je me sens calme, ce matin.
—Tu me ferais prévenir s'il arrivait quelque chose?
—Oui, oui… Je suis très-lasse. Je vais encore dormir. Tu ne m'en veux pas de ma paresse?…
Et Babet ferma les yeux, languissante et attendrie. Je restai penché sur elle, recevant au visage le souffle tiède de ses lèvres. Elle s'endormit peu à peu, sans cesser de sourire. Alors, je dégageai ma main de la sienne avec des précautions infinies; je travaillai pendant cinq minutes pour mener à bien cette besogne délicate. Puis, je posai sur son front un baiser qu'elle ne sentit pas, et je me retirai, palpitant, le coeur débordant d'amour.