Les deux hommes avaient regardé le prêtre, puis s'étaient regardés, l'air terrible. Brusquement, ils ne dirent plus un mot, dans le froid de glace qui tombait du plafond.

Salvat, avec de nouvelles et grandes précautions, alla prendre son sac à outils, contre le mur.

—Alors, tu descends, tu vas encore chercher du travail?

Il ne répondit pas, il n'eut qu'un geste de colère, comme pour dire qu'il ne voulait plus du travail, puisque le travail, depuis si longtemps, n'avait plus voulu de lui.

—Tout de même, tâche de rapporter quelque chose, car tu sais qu'il n'y a rien... A quelle heure rentreras-tu?

D'un nouveau geste, il sembla répondre qu'il rentrerait quand il pourrait, jamais peut-être. Et, des larmes, malgré son effort d'héroïsme, étant montées à ses vagues yeux bleus, où brûlait une flamme, il saisit sa fille Céline, l'embrassa violemment, éperdument, puis s'en alla, son sac sous le bras, suivi de son jeune compagnon.

—Céline, reprit madame Théodore, donne ton crayon à monsieur l'abbé, et tenez! monsieur, mettez-vous là, vous serez mieux pour écrire.

Puis, lorsque Pierre se fut installé devant la table, sur la chaise que Salvat avait occupée:

—Il n'est pas méchant, continua-t-elle pour excuser son homme de n'être guère poli, mais il a eu trop d'embêtements dans l'existence, ça l'a rendu un peu braque. C'est comme ce jeune homme que vous venez de voir, monsieur Victor Mathis, en voilà encore un qui n'est pas heureux, un jeune homme très bien élevé, très instruit, et dont la mère, une veuve, a juste de quoi manger du pain. Alors, on comprend, n'est-ce pas? que ça leur tourne sur la tête et qu'ils parlent de faire sauter tout le monde. Moi, ce ne sont pas mes idées, mais je leur pardonne, oh! bien volontiers.

Troublé, intéressé par tout ce qu'il sentait d'inconnu et d'effrayant autour de lui, Pierre ne se hâta pas d'écrire l'adresse, écoutant, poussant aux confidences.