D'un petit rire contenu, terrible, Camille l'interrompit.

—Tu m'as aimée!... Ah! ma pauvre maman, quelle drôle de chose tu dis là! Est-ce que tu as jamais aimé quelqu'un? Tu veux qu'on t'aime, et ça, c'est autre chose. Mais ton enfant, un enfant, est-ce que tu sais seulement comment on l'aime?... Tu m'as toujours abandonnée, écartée, lâchée, me trouvant trop laide, indigne de toi, n'ayant d'ailleurs pas assez déjà des jours et des nuits pour t'aimer toi-même... Et, ne mens donc pas, ma pauvre maman, tu es encore à me regarder là, comme un monstre qui te répugne et qui te gêne.

Dès lors, ce fut fini, la scène dut aller jusqu'au bout, dans un chuchotement de fièvre, visage contre visage, les dents serrées.

—Je t'ordonne de te taire, Camille! Je ne puis supporter un tel langage.

—Je n'ai pas à me taire, lorsque tu cherches à me blesser. Si j'ai le tort de m'habiller en vieille femme, c'est que peut-être une autre a le ridicule de s'habiller en jeune fille, en mariée.

—En mariée, je ne comprends pas.

—Oh! tu comprends parfaitement... Je veux pourtant que tu le saches, tout le monde ne me trouve pas aussi laide que tu sembles t'efforcer de le faire croire.

—Si tu es laide, c'est que tu t'arranges mal, je n'ai pas dit autre chose.

—Je m'arrange comme il me plaît, et très bien sans doute, puisqu'on m'aime telle que je suis.

—Vraiment, quelqu'un t'aime? Qu'il nous le fasse donc savoir, et qu'il t'épouse!