—Dites donc, vous en êtes, ce soir. Oh! il le faut, je veux quelque chose d'imposant, autour de Silviane. Dutheil représentera la Chambre, vous le journalisme, moi la finance...

Il s'interrompit brusquement, en voyant arriver Gérard, qui, sans hâte, l'air sérieux, s'ouvrait un discret passage, au travers des jupes. Il l'appela du geste.

—Gérard, mon ami, il faut que vous me rendiez un service.

Puis, il lui conta la chose, l'acceptation si désirée du critique influent, le dîner qui allait décider de l'avenir de Silviane, le devoir où étaient tous ses amis de se grouper autour d'elle.

—Je ne peux pas, répondit le jeune homme embarrassé, je dîne chez ma mère, qui était un peu souffrante ce matin.

—Votre mère est trop raisonnable pour ne pas comprendre qu'il y a des affaires d'une gravité exceptionnelle. Retournez vous dégager, contez-lui une histoire, dites-lui qu'il y va du bonheur d'un ami.

Et, comme Gérard faiblissait:

—Enfin, mon cher, j'ai besoin de vous, il me faut un homme du monde. Le monde, vous savez, c'est une si grande force, au théâtre. Si notre Silviane a le monde avec elle, son triomphe est assuré.

Gérard promit, puis resta là un instant, à causer avec son oncle, le général de Bozonnet, très égayé par cette cohue de femmes, où il flottait, dans la bousculade, tel qu'un vieux navire désemparé. Après avoir remercié madame Fonsègue de sa complaisance à écouter ses histoires, en lui achetant pour cent francs un autographe de monseigneur Martha, il s'était perdu parmi l'essaim des jeunes filles, rejeté de l'une à l'autre. Et il revenait, les mains chargées de billets de loterie.

—Ah! mon gaillard, je ne te conseille pas de te risquer parmi ces jeunes personnes. Ton dernier sou y resterait... Mais, tiens! voici mademoiselle Camille qui t'appelle.