—Ma fille, mon Dieu! tu épouserais ma fille!... Elle, avec toi! elle, dans tes bras, à cette place!... Non, non! c'est trop de torture, je ne veux pas, je ne veux pas!
Il restait glacé, devant ce cri d'affreuse jalousie, où la mère n'était plus qu'une femme, qu'enrageait la jeunesse d'une rivale, ces vingt-cinq ans qui ne pouvaient revenir. Lui-même, en se rendant au rendez-vous, avait pris les plus sages décisions, résolu à rompre loyalement, en homme bien élevé, avec toutes sortes de belles phrases consolantes. Mais il n'était point méchant, il avait un fond de faiblesse tendre, dans ses abandons d'oisif, sans force surtout contre les larmes des femmes. Il essaya de la calmer, il l'assit sur le divan, pour se débarrasser de son étreinte. Puis, se mettant près d'elle:
—Voyons, ma chère, soyez raisonnable. N'est-ce pas? nous sommes venus ici pour causer amicalement... Je vous assure que vous vous exagérez les choses.
Mais elle exigeait une certitude.
—Non, non! je souffre trop, j'ai besoin de savoir tout de suite... Jure-moi que tu ne l'épouseras pas, jamais, jamais!
Une fois encore, il tâcha d'éluder la réponse.
—Vous vous faites du mal, vous savez bien que je vous aime.
—Non, non! jure-moi que tu ne l'épouseras pas, jamais, jamais!
—Mais puisque c'est toi que j'aime, puisque je n'aime que toi!
Elle le reprit ardemment, le serra contre sa gorge, lui couvrit les yeux de baisers.