—Un rêve, et dans combien de siècles! murmura Pierre, repris de frisson. Ce n'est pas pour nous.

—Eh bien! ce sera pour les autres! s'écria Marie. Est-ce que cela ne suffit pas?

Ce beau cri remua profondément Pierre. Et, tout d'un coup, il eut le souvenir d'une autre Marie, l'adorable Marie de sa jeunesse, cette Marie de Guersaint, guérie à Lourdes, et dont la perte avait à jamais vidé son cœur. Est-ce que la Marie nouvelle qui lui souriait là, d'un charme si calme et si fort, allait guérir l'ancienne blessure? Il revivait, depuis qu'elle était son amie.

Et, devant eux, à longs gestes, de la vivante poussière d'or de ses rayons, le soleil ensemençait Paris, pour la grande moisson future de justice et de vérité.

II

Un soir, à la fin d'une bonne journée de travail, comme Pierre aidait Thomas, il s'embarrassa dans la jupe de sa soutane, et manqua de tomber.

Marie, qui avait eu un léger cri d'inquiétude, lui dit:

—Pourquoi ne l'ôtez-vous pas?

Et elle disait cela sans intention aucune, simplement parce qu'elle trouvait cette robe trop lourde, embarrassante pour certains travaux.

Mais le mot, si droit, si net, s'enfonça dans l'esprit de Pierre, et n'en sortit plus. D'abord, il n'en fut que frappé. Puis, la nuit venue, dès qu'il fut seul dans sa petite maison de Neuilly, il sentit le mot qui le gênait, qui peu à peu lui causait une souffrance, une fièvre intolérable. «Pourquoi ne l'ôtez-vous pas?» En effet, il aurait dû l'ôter, quelle était donc la raison qui, jusque-là, l'avait empêché d'ôter cette robe si pesante, si douloureuse à ses épaules? Et l'affreux débat commença, il passa une nuit terrible, sans pouvoir dormir, à revivre toutes ses tortures anciennes.