—Alors, c'est donc parce que tu m'as donné Marie que tu veux mourir. Avoue-le, tu l'aimes toujours.

—Non! cria Guillaume, je ne l'aime plus, je te le jure. Je te l'ai donnée, je ne l'aime plus.

—Tu le croyais, mais tu vois bien que tu l'aimes encore, puisque te voilà bouleversé, lorsque rien tout à l'heure ne t'a ému des terrifiantes choses que nous avons dites... C'est parce que tu as perdu Marie que tu veux mourir.

Ebranlé, Guillaume frémissait, s'interrogeait, en paroles basses et entrecoupées.

—Non, non! ce serait indigne de mon grand dessein, qu'une peine d'amour m'eût jeté à l'acte terrible... Non, non! je l'ai décidé dans ma libre raison, je l'accomplis sans intérêt personnel, au nom de la justice et pour l'humanité, contre la guerre, contre la misère!

Puis, dans un cri de souffrance:

—Ah! c'est mal, frère, ah! c'est mal d'avoir empoisonné ainsi ma joie de mourir! J'ai fait tout le bonheur que j'ai pu, je m'en allais content de vous laisser heureux, et voilà que tu me gâtes ma mort... Non, non! j'ai beau l'interroger, mon cœur ne saigne pas, je n'aime plus Marie que comme je t'aime.

Mais il restait troublé, craignant de se mentir à lui-même. Et, peu à peu, il fut envahi d'une colère sombre.

—Ecoute, c'est assez, Pierre, l'heure presse... Une dernière fois, va-t'en! Je te l'ordonne, je le veux.

—Guillaume, je ne t'obéirai pas... Je reste, et c'est bien simple, puisque toute ma raison ne peut t'arracher à ta démence, mets donc le feu à cette mine, et je mourrai avec toi.