—Alors?

—Eh bien! alors, ma chère amie, que voulez-vous que je fasse?... On ne peut pourtant pas renverser un ministère pour que vous jouiez Pauline.

—Pourquoi pas?

Il affecta de rire, mais sa face se congestionnait, tout son grand corps s'agitait d'angoisse.

—Voyons, ma petite Silviane, ne vous entêtez pas. Vous êtes si gentille, quand vous voulez... Lâchez donc l'idée de ce début. Vous-même y risquez gros jeu, car quels seraient vos ennuis, si vous alliez échouer. Vous pleureriez toutes les larmes de votre corps... Et puis, vous pouvez me demander tant d'autres choses, que je serai si heureux de vous donner. Allons, là, tout de suite, faites un souhait, et je le réaliserai sur l'heure.

En plaisantant, il cherchait à lui reprendre les mains. Mais elle se recula, très digne. Et elle le tutoya, comme elle avait tutoyé Gérard.

—Tu entends, mon cher, plus rien, pas ça! tant que je n'aurai pas joué Pauline.

Il avait compris, c'était l'alcôve fermée, même les petits jeux, les petits baisers sur la nuque défendus; et il la connaissait assez, pour savoir avec quelle rigueur elle le sèvrerait. Sa gorge étranglée ne laissa échapper qu'une sorte de grognement, tandis qu'il continuait à vouloir prendre la chose en plaisanterie.

—Est-elle méchante aujourd'hui! reprit-il en se tournant vers Gérard. Qu'est-ce que vous lui avez donc fait, pour que je la trouve dans un état pareil?

Mais le jeune homme, qui se tenait coi, par crainte des éclaboussures, resta mollement allongé, sans répondre.