VII
Depuis quinze jours, pour amener l'oncle Bachelard à doter Berthe, les
Josserand l'invitaient presque chaque soir, malgré sa malpropreté.
Quand on lui avait annoncé le mariage, il s'était contenté de donner une légère tape sur la joue de sa nièce, en disant:
—Comment! tu te maries! Ah! c'est gentil, fillette!
Et il restait sourd à toutes les allusions, exagérant son air de noceur gâteux, tombé dans les liqueurs, dès qu'on parlait d'argent devant lui.
Madame Josserand eut l'idée de l'inviter un soir avec Auguste, le futur. Peut-être la vue du jeune homme le déciderait-elle. Le moyen était héroïque, car la famille n'aimait pas montrer l'oncle, redoutant toujours de se faire du tort dans l'esprit des gens. D'ailleurs, il s'était assez bien conduit; son gilet seul avait une grande tache de sirop, attrapée sans doute au café. Mais, lorsque sa soeur, après le départ d'Auguste, l'interrogea, en lui demandant comment il le trouvait, il répondit sans se compromettre:
—Charmant, charmant.
Il fallait en finir. L'affaire pressait. Alors, madame Josserand résolut de poser carrément la situation.
—Puisque nous voilà en famille, reprit-elle, profitons-en….
Laissez-nous, mes chéries: nous avons à causer avec votre oncle…. Toi,
Berthe, veille un peu sur Saturnin, qu'il ne démonte pas encore les
serrures.
Saturnin, depuis qu'on s'occupait du mariage de sa soeur, en se cachant de lui, rôdait par les pièces, l'oeil inquiet, flairant quelque chose; et il avait des imaginations diaboliques, dont la famille restait consternée.