Pendant le dîner, comme des larmes lui mouillaient encore les yeux, à la vue de la place de Saturnin vide désormais, il impatienta sa femme, qui, sans comprendre, cria:

—En voilà assez, n'est-ce pas? monsieur. Vous n'allez peut-être pas marier votre fille avec cette figure d'enterrement…. Tenez! sur ce que j'ai de plus sacré, sur la tombe de mon père, l'oncle payera les dix premiers mille francs, j'en réponds! Il me l'a formellement juré, en sortant de chez le notaire.

M. Josserand ne répondit même pas. Il passa la nuit à faire des bandes. Au petit jour, dans le frisson du matin, il achevait son deuxième mille et gagnait six francs. Plusieurs fois, il avait levé la tête comme d'habitude, pour écouter si Saturnin ne remuait point, à côté. Puis, la pensée de Berthe lui donnait une nouvelle fièvre de travail. Pauvre petite, elle aurait voulu être en moire blanche. Enfin, avec six francs, elle pourrait mettre davantage à son bouquet de mariée.

VIII

Le mariage à la mairie avait eu lieu le jeudi. Dès dix heures un quart, le samedi matin, des dames attendaient déjà dans le salon des Josserand, la cérémonie religieuse étant pour onze heures, à Saint-Roch. Il y avait là madame Juzeur toujours en soie noire, madame Dambreville sanglée dans une robe feuille-morte, madame Duveyrier très simple, habillée de bleu pâle. Toutes trois causaient à voix basse, au milieu de la débandade des fauteuils; tandis que, dans la chambre voisine, madame Josserand achevait d'habiller Berthe, aidée de la bonne et des deux demoiselles d'honneur, Hortense et la petite Campardon.

—Oh! ce n'est pas cela, murmura madame Duveyrier, la famille est honorable…. Mais, je l'avoue, je redoutais un peu pour mon frère Auguste, l'esprit dominateur de la mère…. Il faut tout prévoir, n'est-ce pas?

—Sans doute, dit madame Juzeur, on n'épouse pas seulement la fille, on épouse la mère souvent, et c'est bien désagréable, quand celle-ci s'impose dans le ménage.

A ce moment, la porte de la chambre s'ouvrit, Angèle s'en échappa, en criant:

—Une agrafe, au fond du tiroir de gauche…. Attendez.

Elle traversa le salon, reparut et replongea dans la chambre, laissant derrière elle, comme un sillage, le vol blanc de sa jupe, nouée à la taille par un large ruban bleu.