Octave, aussi gêné qu'eux, se hâta d'aller frapper à la chambre de Rose, où il pénétrait d'habitude en parent. Décidément, il ne pouvait continuer de manger là, maintenant qu'il les surprenait derrière les portes.

—Entrez! cria la voix de Rose. C'est vous, Octave…. Oh! il n'y a pas de mal.

Elle n'avait pourtant pas remis son peignoir, les épaules et les bras nus, d'une délicatesse et d'une blancheur de lait. Attentive devant la glace, elle roulait en petits frisons ses cheveux d'or. Tous les jours, pendant des heures, c'étaient ainsi des soins de toilette excessifs, une continue préoccupation à s'étudier les grains de la peau, à se parer, pour s'allonger ensuite sur une chaise longue, dans un luxe et une beauté d'idole sans sexe.

—Vous vous faites donc superbe encore ce soir, dit Octave en souriant.

—Mon Dieu! puisque je n'ai que cette distraction, répondit-elle. Ça m'amuse…. Vous savez, je n'ai jamais été femme de ménage; et puis, à présent que Gasparine va être là…. Hein? les frisons m'avantagent. Ça me console un peu, quand je suis bien habillée et que je me sens jolie.

Comme le dîner n'était pas prêt, il conta son départ du Bonheur des Dames, il inventa une histoire, une autre situation guettée par lui depuis longtemps; et il se réservait ainsi un prétexte, pour expliquer sa résolution de prendre ses repas ailleurs. Elle s'étonna qu'il pût quitter ainsi une maison où il avait de l'avenir. Mais elle était tout à sa glace, elle l'écoutait mal.

—Voyez donc cette rougeur, là, derrière l'oreille…. Est-ce que c'est un bouton?

Il dut lui examiner la nuque, qu'elle lui tendait, avec sa belle tranquillité de femme sacrée.

—Ce n'est rien, dit-il. Vous vous serez débarbouillée trop fort.

Et, quand il l'eut aidée à remettre son peignoir, tout de satin bleu et brodé d'argent, ce soir-là, ils passèrent dans la salle à manger. Dès le potage, on causa du départ d'Octave de chez les Hédouin. Campardon s'exclamait, pendant que Gasparine avait aux lèvres son mince sourire; du reste, ils étaient très à l'aise l'un devant l'autre. Le jeune homme finit même par être touché des tendres prévenances dont ils accablaient Rose. Campardon lui versait à boire, Gasparine choisissait à son intention le meilleur morceau du plat. Était-elle contente du pain, car on aurait changé le boulanger? voulait-elle un oreiller pour lui soutenir le dos? Et Rose, pleine de gratitude, les suppliait de ne pas se déranger ainsi. Elle mangeait beaucoup, trônait entre eux, avec sa gorge douillette de belle blonde, dans son peignoir de reine, ayant à sa droite son mari essoufflé, qui maigrissait, et à sa gauche la cousine sèche, noire, les épaules rétrécies sous sa robe sombre, la chair fondue par la passion.