Comme il posait le pied sur le trottoir, une voix de femme l'appela; et il reconnut Berthe, sur le seuil du magasin de soierie, dont un garçon mettait les volets.

—Est-ce vrai? monsieur Mouret, demanda-t-elle, vous avez donc quitté le Bonheur des Dames?

Il fut surpris qu'on le sût déjà dans le quartier. La jeune femme avait appelé son mari. Puisqu'il voulait monter le lendemain, pour causer avec M. Mouret, il pouvait bien lui parler tout de suite. Et Auguste, la mine maussade, sans transition, offrit à Octave d'entrer chez eux. Ce dernier, pris à l'improviste, hésitait, était sur le point de refuser, en songeant au peu d'importance de la maison. Mais il aperçut le joli visage de Berthe, qui lui souriait de son air de bon accueil, avec le gai regard qu'il avait déjà rencontré deux fois, le jour de son arrivée et le jour des noces.

—Eh bien! oui, dit-il résolument.

X

Alors, Octave se trouva rapproché des Duveyrier. Souvent, lorsque madame Duveyrier rentrait, elle traversait le magasin de son frère, s'arrêtait à causer un instant avec Berthe; et, la première fois qu'elle aperçut le jeune homme, installé derrière un comptoir, elle lui fit d'aimables reproches sur son manque de parole, en lui rappelant son ancienne promesse de venir un soir, chez elle, essayer sa voix au piano. Justement, elle voulait donner une seconde audition de la Bénédiction des Poignards, à un de ses premiers samedis de l'hiver suivant, mais avec deux ténors de plus, quelque chose de très complet.

—Si cela ne vous contrarie pas, dit un jour Berthe à Octave, vous pourrez monter après votre dîner chez ma belle-soeur. Elle vous attend.

Elle gardait à son égard une attitude de patronne simplement polie.

—C'est que, ce soir, fit-il remarquer, je comptais mettre un peu d'ordre dans ces cases.

—Ne vous inquiétez pas, reprit-elle, il y a ici du monde pour cette besogne…. Je vous donne votre soirée.