Mais, la phrase mélodique achevée, elle laissa tomber son expression passionnée comme un masque. Sa froideur était dessous. Il se recula, inquiet, ne voulant pas recommencer son aventure avec madame Hédouin.
—Vous irez très bien, disait-elle. Accentuez seulement davantage la mesure…. Tenez, comme ça.
Et elle chanta elle-même, elle répéta à vingt reprises: «Plus tremblant que vous,» en détachant les notes avec une rigueur de femme impeccable, dont la passion musicale était à fleur de peau, dans la mécanique. Sa voix montait peu à peu, emplissait la pièce de cris aigus, lorsque tous deux entendirent brusquement, derrière leur dos, quelqu'un dire très fort:
—Madame! madame!
Elle eut un sursaut, et reconnaissant sa femme de chambre Clémence:
—Hein? quoi?
—Madame, c'est monsieur votre père qui est tombé le nez dans ses écritures et qui ne bouge plus…. Il nous fait peur.
Alors, sans bien comprendre, pleine de surprise, elle quitta le piano, elle suivit Clémence. Octave, qui n'osait l'accompagner, resta à piétiner au milieu du salon. Cependant, après quelques minutes d'hésitation et de gêne, comme il entendait des pas précipités, des voix éperdues, il se décida, il traversa une pièce obscure, puis se trouva dans la chambre de M. Vabre. Tous les domestiques étaient accourus, Julie en tablier de cuisine, Clémence et Hippolyte, l'esprit encore occupé d'une partie de dominos qu'ils venaient de lâcher; et, debout, l'air ahuri, ils entouraient le vieillard, pendant que Clotilde, penchée à son oreille, l'appelait, le suppliait de dire un mot, un seul mot. Mais il ne bougeait toujours pas, le nez dans ses fiches. Il avait tapé du front sur son encrier. Une éclaboussure d'encre lui couvrait l'oeil gauche, coulant en minces gouttes jusqu'à ses lèvres.
—C'est une attaque, dit Octave. On ne peut le laisser là. Il faut le mettre sur son lit.
Mais madame Duveyrier perdait la tête. Peu à peu, l'émotion montait dans ses veines lentes. Elle répétait: