Lorsque, le lendemain, à huit heures, Octave descendit de sa chambre, il fut très surpris de trouver toute la maison au courant de l'attaque de la veille et de la situation désespérée où était le propriétaire. Du reste la maison ne s'occupait pas du malade: elle ouvrait la succession.
Dans leur petite salle à manger, les Pichon s'attablaient devant des bols de chocolat. Jules appela Octave.
—Dites donc, en voilà un remue-ménage, s'il meurt comme ça! Nous allons en voir de drôles…. Savez-vous s'il y a un testament?
Le jeune homme, sans répondre, leur demanda d'où ils tenaient la nouvelle. Marie l'avait remontée de chez la boulangère; d'ailleurs, ça filtrait d'étage en étage, et jusqu'au bout de la rue, par les bonnes. Puis, après avoir allongé une tape à Lilitte qui lavait ses doigts dans le chocolat, la jeune femme dit à son tour:
—Ah! tout cet argent!… S'il songeait seulement à nous laisser un sou par pièce de cent sous. Mais il n'y a pas de danger!
Et comme Octave les quittait, elle ajouta:
—J'ai fini vos livres, monsieur Mouret…. Veuillez les reprendre, n'est-ce pas?
Il descendait vivement, inquiet, se souvenant d'avoir promis à madame Duveyrier de lui envoyer Berthe avant toute indiscrétion, lorsque, au troisième, il tomba sur Campardon, qui sortait.
—Eh bien! dit ce dernier, votre patron hérite. Je me suis laissé conter que le vieux a près de six cent mille francs, plus cet immeuble…. Dame! il ne dépensait rien chez les Duveyrier, et il lui restait pas mal sur son magot de Versailles, sans compter les vingt et quelques mille francs des loyers de la maison…. Hein? un fameux gâteau à se partager, quand on est trois seulement!
Tout en causant ainsi, il continuait de descendre, derrière Octave. Mais, au second, ils rencontrèrent madame Juzeur, qui revenait de voir ce que sa petite bonne, Louise, pouvait bien faire le matin, à perdre plus d'une heure pour rapporter quatre sous de lait. Elle entra naturellement dans la conversation, très au courant.