Le prêtre se hâta de partir. Il annonçait qu'il apporterait la communion et l'extrême-onction, pour parer aux éventualités. Et Théophile, avec son entêtement, murmura:

—Ah bien! si, maintenant, ils font communier les morts malgré eux!

Mais, tout de suite, il y eut une forte émotion. En reprenant sa place, Clotilde avait trouvé le mourant les yeux grands ouverts. Elle ne put retenir un léger cri; la famille accourut, et les yeux du vieillard, lentement, firent le tour du cercle, sans que la tête remuât. Le docteur, d'un air d'étonnement, vint se pencher au chevet, pour suivre cette crise suprême.

—Mon père, c'est nous, vous nous reconnaissez? demanda Clotilde.

M. Vabre la regarda fixement; puis, ses lèvres remuèrent, mais ne rendirent aucun son. Tous se poussaient, voulaient lui arracher sa dernière parole. Valérie, placée derrière, forcée de se hausser sur les pieds, dit avec aigreur:

—Vous l'étouffez. Ecartez-vous donc. S'il désirait quelque chose, on ne pourrait pas savoir.

Les autres durent s'écarter. En effet, les yeux de M. Vabre fouillaient la chambre.

—Il désire quelque chose, c'est certain, murmura Berthe.

—Voici Gustave, répétait Clotilde. Vous le voyez, n'est-ce pas?… Il est sorti pour vous embrasser. Embrasse ton grand-père, mon petit.

Comme l'enfant, effrayé, reculait, elle le maintenait d'un bras, elle attendait un sourire sur la face décomposée du moribond. Mais Auguste, qui étudiait la direction de ses yeux, déclara qu'il regardait la table: sans doute il voulait écrire. Ce fut un saisissement. Tous s'empressèrent. On apporta la table, on chercha du papier, l'encrier, une plume. Enfin, on le souleva, on l'adossa contre trois oreillers. Le docteur autorisait ces choses, d'un simple clignement de paupières.