Quand madame Campardon eut fini et qu'elle se retrouva seule en compagnie d'Octave, elle était d'ailleurs consolée. Par coquetterie, elle se remit à parler de la mort, mais avec la gaieté douce d'une femme faisant la grasse matinée dans la tiédeur des draps. Mon Dieu! elle s'en irait tout de même, lorsque son tour viendrait; seulement, ils avaient raison, elle n'était pas malheureuse, elle pouvait se laisser vivre, car ils lui évitaient en somme les grosses besognes de l'existence. Et elle s'enfonçait dans son égoïsme d'idole sans sexe.
Puis, comme le jeune homme se levait:
—Entrez plus souvent, n'est-ce pas?… Amusez-vous bien, ne vous attristez pas trop à ce convoi. On meurt un peu tous les jours, il faut s'y habituer.
Sur le même palier, chez madame Juzeur, ce fut Louise, la petite bonne, qui vint ouvrir à Octave. Elle l'introduisit au salon, le regarda un instant avec son rire ahuri, puis finit par déclarer que sa maîtresse achevait de s'habiller. Du reste, madame Juzeur parut tout de suite, vêtue de noir, plus douce et plus fine encore dans ce deuil.
—J'étais certaine que vous viendriez ce matin, soupira-t-elle d'un air d'abattement. Toute la nuit, j'ai rêvassé, je vous voyais…. Impossible de dormir, vous comprenez, avec ce mort dans la maison!
Et elle avoua qu'elle s'était levée trois fois, pour regarder sous les meubles.
—Mais il fallait m'appeler! dit gaillardement le jeune homme. A deux, on n'a pas peur, dans un lit.
Elle prit un air de honte charmant
—Taisez-vous, c'est vilain!
Et elle lui appliqua sa main ouverte sur les lèvres. Naturellement, il dut la baiser. Alors, elle écarta les doigts davantage, en riant, comme chatouillée. Mais lui, excité par ce jeu, chercha à pousser les choses plus loin. Il l'avait saisie, la serrait contre sa poitrine, sans qu'elle fit un mouvement pour se dégager; et très bas, dans un souffle, à l'oreille: