Alors, madame Gourd, qui était restée dans son fauteuil, clouée là par ses mauvaises jambes, se leva péniblement. Puisqu'elle ne pouvait même aller à l'église, M. Gourd lui avait bien recommandé de ne pas laisser passer le propriétaire devant la loge, sans le saluer. Cela se devait. Elle vint jusqu'à la porte, en bonnet de deuil, et lorsque le propriétaire passa, elle le salua.
A Saint-Roch, pendant la cérémonie, le docteur Juillerat affecta de ne pas entrer dans l'église. D'ailleurs il y avait foule, tout un groupe d'hommes préféra rester sur les marches. Il faisait très doux, une journée superbe de juin. Et, comme ils ne pouvaient fumer, leur conversation tomba sur la politique. La grand'porte demeurait ouverte, par moments de grands souffles d'orgues sortaient de l'église, tendue de noir, étoilée de cierges.
—Vous savez que monsieur Thiers se portera l'an prochain dans notre circonscription, annonça Léon Josserand de son air grave.
—Ah! dit le docteur. Vous ne voterez sans doute pas pour lui, vous, un républicain?
Le jeune homme dont les opinions se refroidissaient, à mesure que madame
Dambreville le répandait davantage, répondit sèchement:
—Pourquoi pas?… Il est l'adversaire déclaré de l'empire.
Alors, une grosse discussion s'engagea. Léon parlait de tactique, le docteur Juillerat s'entêtait dans les principes. Selon ce dernier, la bourgeoisie avait fait son temps; elle était un obstacle sur le chemin de la révolution; depuis qu'elle possédait, elle barrait l'avenir, avec plus d'obstination et d'aveuglement que l'ancienne noblesse.
—Vous avez peur de tout, vous vous jetez à la pire réaction, dès que vous vous croyez menacés!
Du coup, Campardon se fâcha.
—Moi, monsieur, j'ai été jacobin et athée comme vous. Mais, Dieu merci! la raison m'est venue…. Non, je n'irai même pas jusqu'à votre monsieur Thiers. Un brouillon, un homme qui s'amuse à des idées!