—C'est que je ne vois rien du tout! murmura Berthe, qui fouillait une armoire.

Les planches avaient le vide mélancolique et le faux luxe des familles où l'on achète de la basse viande, afin de pouvoir mettre des fleurs sur la table. Il ne traînait là que des assiettes de porcelaine à filets dorés, absolument nettes, une brosse à pain dont le manche se désargentait, des burettes où l'huile et le vinaigre avaient séché; et pas une croûte oubliée, pas une miette de desserte, ni un fruit, ni une sucrerie, ni un restant de fromage. On sentait que la faim d'Adèle, jamais contentée, torchait, jusqu'à dédorer les plats, les rares fonds de sauce laissés par les maîtres.

—Mais elle a donc mangé tout le lapin! cria madame Josserand.

—C'est vrai, dit Hortense, il restait le morceau de la queue…. Ah! non, le voici. Aussi ça m'étonnait qu'elle eût osé…. Vous savez, je le prends. Il est froid, mais tant pis!

Berthe furetait de son côté, inutilement. Enfin, elle mit la main sur une bouteille, dans laquelle sa mère avait délayé un vieux pot de confiture, de façon à fabriquer du sirop de groseille pour ses soirées. Elle s'en versa un demi-verre, en disant:

—Tiens, une idée! je vais tremper du pain là-dedans, moi!… Puisqu'il n'y a que ça!

Mais madame Josserand, inquiète, la regardait avec sévérité.

—Ne te gêne pas, emplis le verre pendant que tu y es!… Demain, n'est-ce pas? j'offrirai de l'eau à ces dames et à ces messieurs?

Heureusement, un nouveau méfait d'Adèle interrompit sa réprimande. Elle tournait toujours, cherchant des crimes, lorsqu'elle aperçut un volume sur la table; et ce fut une explosion suprême.

—Ah! la sale! elle a encore apporté mon Lamartine dans la cuisine!