—Comment! monsieur, à quel sujet? Mais il est des choses que la délicatesse devrait vous dicter, sans que j'aie à rougir d'aborder avec vous de pareilles matières…. Est-ce que, depuis longtemps, vous n'auriez pas dû, de vous-même, me tranquilliser en mettant cette fille à nos genoux?
Elle se tut, puis elle ajouta d'un air d'ironie dédaigneuse:
—Ça ne vous aurait pas ruiné.
Il y eut un nouveau silence. Le jeune homme, qui s'était remis à marcher, répondit enfin:
—Je ne suis pas riche, je le regrette pour vous.
Alors, tout s'aggrava, la querelle prit une violence conjugale.
—Dites que je vous aime pour votre argent! cria-t-elle avec la carrure de sa mère, dont les mots lui remontaient aux lèvres. Je suis une femme d'argent, n'est-ce pas? Eh bien! oui, je suis une femme d'argent, parce que je suis une femme raisonnable. Vous aurez beau prétendre le contraire, l'argent sera quand même l'argent. Moi, lorsque j'ai eu vingt sous, j'ai toujours dit que j'en avais quarante, car il vaut mieux faire envie que pitié.
Il l'interrompit, il déclara d'une voix fatiguée, en homme qui désire la paix:
—Écoute, si ça te contrarie trop qu'il soit en lama, je t'en donnerai un en chantilly.
—Votre châle! continua-t-elle tout à fait furieuse, mais je n'y pense même plus, à votre châle! Ce qui m'exaspère, c'est le reste, entendez-vous!… Oh! d'ailleurs, vous êtes comme mon mari. J'irais dans les rues sans bottines, que cela vous serait parfaitement égal. Quand on a une femme pourtant, le simple bon coeur vous fait une loi de la nourrir et de l'habiller. Mais jamais un homme ne comprendra ça. Tenez! à vous deux, vous me laisseriez bientôt sortir en chemise, si j'y consentais!