—Mon Dieu! est-ce qu'il y a le feu? dit à l'intérieur une voix troublée.
La porte s'ouvrit tout de suite. C'était Lisa qui sortait seulement de chez mademoiselle, en étouffant ses pas, un bougeoir à la main. La sonnerie enragée du timbre l'avait fait sauter, au moment où elle traversait l'antichambre. Quand elle aperçut Berthe en chemise, elle resta stupéfaite.
—Quoi donc? dit-elle.
La jeune femme était entrée, en repoussant violemment la porte; et, haletante, adossée, elle bégayait:
—Chut! taisez-vous!… Il veut me tuer.
Lisa ne pouvait en tirer une explication raisonnable, lorsque Campardon parut, très inquiet. Ce vacarme incompréhensible venait de les déranger, Gasparine et lui, dans leur lit étroit. Il avait simplement passé un caleçon, sa grosse face bouffie et en sueur, sa barbe jaune aplatie, toute pleine du duvet blanc de l'oreiller. Essoufflé, il tâchait de reprendre son aplomb de mari qui couche seul.
—Est-ce vous, Lisa? cria-t-il du salon. C'est stupide! comment êtes-vous dans l'appartement?
—J'ai eu peur de n'avoir pas bien fermé la porte, monsieur; ça m'empêchait de dormir, et je suis redescendue m'assurer…. Mais c'est madame….
L'architecte, en voyant Berthe en chemise, contre le mur de son antichambre, resta pétrifié à son tour. Il eut, pour lui, un mouvement de pudeur, qui lui fit tâter de la main si son caleçon était bien boutonné. Berthe oubliait qu'elle était nue. Elle répéta:
—Oh! monsieur, gardez-moi chez vous…. Il veut me tuer.