—Et là? demanda Octave, en désignant la porte du grand appartement.

—Oh! là, dit-il, des gens qu'on ne voit pas, que personne ne connaît…. La maison s'en passerait volontiers. Enfin, on trouve des taches partout….

Il eut un petit souffle de mépris.

—Le monsieur fait des livres, je crois.

Mais, au troisième, son rire de satisfaction reparut. L'appartement sur la cour était divisé en deux: il y avait là madame Juzeur, une petite femme bien malheureuse, et un monsieur très distingué, qui avait loué une chambre, où il venait une fois par semaine, pour des affaires. Tout en donnant ces explications, Campardon ouvrait la porte de l'autre appartement.

—Ici, nous sommes chez moi, reprit-il. Attendez, il faut que je prenne votre clef…. Nous allons monter d'abord à votre chambre, et vous verrez ma femme ensuite.

Pendant les deux minutes qu'il resta seul, Octave se sentit pénétrer par le silence grave de l'escalier. Il se pencha sur la rampe, dans l'air tiède qui venait du vestibule; il leva la tête, écoutant si aucun bruit ne tombait d'en haut. C'était une paix morte de salon bourgeois, soigneusement clos, où n'entrait pas un souffle du dehors. Derrière les belles portes d'acajou luisant, il y avait comme des abîmes d'honnêteté.

—Vous aurez d'excellents voisins, dit Campardon, qui avait reparu avec la clef: sur la rue, les Josserand, toute une famille, le père caissier à la cristallerie Saint-Joseph, deux filles à marier; et, près de vous, un petit ménage d'employé, les Pichon, des gens qui ne roulent pas sur l'or, mais d'une éducation parfaite…. Il faut que tout se loue, n'est-ce pas? même dans une maison comme celle-ci.

A partir du troisième, le tapis rouge cessait et était remplacé par une simple toile grise. Octave en éprouva une légère contrariété d'amour-propre. L'escalier, peu à peu, l'avait empli de respect; il était tout ému d'habiter une maison si bien, selon l'expression de l'architecte. Comme il s'engageait, derrière celui-ci, dans le couloir qui conduisait à sa chambre, il aperçut, par une porte entr'ouverte, une jeune femme debout devant un berceau. Elle leva la tête, au bruit. Elle était blonde, avec des yeux clairs et vides; et il n'emporta que ce regard, très distinct, car la jeune femme, tout d'un coup rougissante, poussa la porte, de l'air honteux d'une personne surprise.

Campardon s'était tourné, pour répéter: