—Pourquoi donc? demanda Pichon ahuri.
—Parce que c'est bon pour les femmes. Ça les rend gentilles.
—Ah! vous croyez?
Il promit d'y songer, il traversa la rue, en guettant les fiacres avec terreur, travaillé dans la vie du seul tourment des éclaboussures.
Au déjeuner, Octave frappa chez les Pichon, pour reprendre le livre. Marie lisait, les coudes sur la table, les deux mains au fond de ses cheveux dépeignés. Elle venait de manger, sans nappe, un oeuf dans un plat de fer-blanc, qui traînait, au milieu de la débandade d'un couvert mis à la hâte. Par terre, Lilitte, oubliée, dormait, le nez sur les débris d'une assiette, qu'elle avait cassée sans doute.
—Eh bien? demanda Octave.
Marie ne répondit pas tout de suite. Elle avait gardé son peignoir du matin, dont les boutons arrachés montraient son cou, dans un désordre de femme qui se lève.
—J'ai lu à peine cent pages, finit-elle par dire. Mes parents sont venus hier.
Et elle parla d'une voix pénible, la bouche amère. Quand elle était jeune, elle aurait voulu habiter au fond des bois. Elle rêvait toujours qu'elle rencontrait un chasseur, qui sonnait du cor. Il s'approchait, se mettait à genoux. Ça se passait dans un taillis, très loin, où des roses fleurissaient comme dans un parc. Puis, tout d'un coup, ils étaient mariés, et alors ils vivaient là, à se promener, éternellement. Elle, très heureuse, ne souhaitait plus rien. Lui, d'une tendresse et d'une soumission d'esclave, restait à ses pieds.
—J'ai causé avec votre mari, ce matin, dit Octave. Vous ne sortez pas assez, et je l'ai décidé à vous conduire au théâtre.