—Ouf! c'est fini! dit Trublot.
On complimentait Clotilde. Madame Josserand, qui s'était précipitée, lui serrait les deux mains; tandis que les hommes, soulagés, reprenaient leur conversation, et que les dames, d'une main plus vive, s'éventaient. Duveyrier osa se risquer alors à retourner dans le petit salon, où Trublot et Octave le suivirent. Au milieu des jupes, le premier se pencha à l'oreille du second.
—Regardez à votre droite…. Voilà le raccrochage qui commence.
C'était madame Josserand qui lançait Berthe sur Auguste. Il avait eu l'imprudence de venir saluer ces dames. Ce soir-là, sa tête le laissait assez tranquille; il sentait un seul point névralgique, dans l'oeil gauche; mais il redoutait la fin de la soirée, car on allait chanter, et rien ne lui était plus mauvais.
—Berthe, dit la mère, indique donc à monsieur le remède que tu as copié pour lui, dans un livre…. Oh! c'est souverain contre les migraines!
Et, la partie étant engagée, elle les laissa debout, près d'une fenêtre.
—Diable! s'ils en sont à la pharmacie! murmura Trublot.
Dans le petit salon, M. Josserand, désireux de satisfaire sa femme, était resté devant M. Vabre, très embarrassé, car le vieillard dormait, et il n'osait le réveiller pour se montrer aimable. Mais, quand la musique cessa, M. Vabre ouvrit les paupières. Petit et gros, complètement chauve, avec deux touffes de cheveux blancs sur les oreilles, il avait une face rougeaude, à la bouche lippue, aux yeux ronds et à fleur de tête. M. Josserand s'étant informé poliment de sa santé, la conversation s'engagea. L'ancien notaire, dont les quatre ou cinq idées se déroulaient toujours dans le même ordre, lâcha d'abord une phrase sur Versailles, où il avait exercé pendant quarante ans; ensuite, il parla de ses fils, regrettant encore que ni l'aîné ni le cadet ne se fût montré assez capable pour reprendre son étude, ce qui l'avait décidé à vendre et à venir habiter Paris; enfin, arriva l'histoire de sa maison, dont la construction restait le roman de son existence.
—J'ai englouti là trois cent mille francs, monsieur. Une spéculation superbe, disait mon architecte. Aujourd'hui, j'ai bien de la peine à retrouver mon argent; d'autant plus que tous mes enfants sont venus se loger chez moi, avec l'idée de ne pas me payer, et que je ne toucherais jamais un terme, si je ne me présentais moi-même, le quinze…. Heureusement, le travail me console.
—Vous travaillez toujours beaucoup? demanda M. Josserand.