—Je veux bien, mille grâces!... Ça vaut encore mieux de ne point user ses souliers.

Et il monta, s'installa sur le strapontin, refusant avec une brusque humilité la place que Pierre voulait poliment lui céder près du comte. Ceux-ci venaient enfin de reconnaître, dans l'objet qu'il portait, un petit panier plein de figues, joliment arrangé et recouvert de feuilles.

Les chevaux étaient repartis à un trot plus vif, la voiture roulait sur la belle route plate.

—Alors, vous allez à Rome? reprit le comte, pour faire causer le curé.

—Oui, oui, je vais porter à Son Éminence révérendissime le cardinal Boccanera ces quelques figues, les dernières de la saison, dont j'avais promis de lui faire le petit cadeau.

Il avait posé sur ses genoux le panier, qu'il tenait soigneusement entre ses grosses mains noueuses, ainsi qu'une chose fragile et rare.

—Ah! les figues fameuses de votre figuier! C'est vrai, elles sont tout miel... Mais débarrassez-vous donc, vous n'allez pas les garder sur vos genoux jusqu'à Rome. Donnez-les-moi, je vais les mettre dans la capote.

Il s'agita, les défendit, ne voulut absolument pas s'en séparer.

—Mille grâces! mille grâces!... Elles ne me gênent, pas du tout, elles sont très bien là, et je suis sûr de cette façon qu'il ne leur arrivera pas d'accident.

Cette passion de Santobono pour les fruits de son jardin amusait beaucoup Prada, qui poussait le coude de Pierre. Il demanda de nouveau: