—Vous savez ce qui les passionne toutes?

—La santé du Saint-Père? demanda Pierre, dans son inquiétude. Est-ce que la situation s'est encore aggravée ce soir?

Le prélat le regarda, étonné. Puis, avec une sorte d'impatience:

—Oh! non, oh! non, Sa Sainteté va beaucoup mieux, Dieu merci! Quelqu'un du Vatican me disait tout à l'heure qu'elle avait pu se lever, cette après-midi, et recevoir ses intimes, ainsi qu'à l'habitude.

—On a eu tout de même grand'peur, interrompit à son tour Narcisse. A l'ambassade, j'avoue que nous n'étions pas rassurés, parce qu'un conclave, en ce moment, serait une chose grave pour la France. Elle n'y aurait aucun pouvoir, notre gouvernement républicain a tort de traiter la papauté comme une quantité négligeable... Seulement, sait-on jamais si le pape est malade ou non? J'ai appris d'une façon certaine qu'il a failli être emporté, l'autre hiver, lorsque personne n'en soufflait mot; tandis que, la dernière fois, lorsque tous les journaux le tuaient, en parlant d'une bronchite, je l'ai vu, moi qui vous parle, très gaillard et très gai... Il est malade, quand il le faut, je crois.

D'un geste pressé, monsignor Fornaro écarta ce sujet importun.

—Non, non, on est rassuré, on n'en cause déjà plus... Ce qui passionne toutes ces dames, c'est qu'aujourd'hui la congrégation du Concile a voté l'annulation du mariage, dans l'affaire Prada, à une grosse majorité.

De nouveau, Pierre s'émut. N'ayant eu le temps de voir personne au palais Boccanera, à son retour de Frascati, il craignait que la nouvelle ne fût fausse. Et le prélat crut devoir donner sa parole d'honneur.

—La nouvelle est certaine, je la tiens d'un membre de la congrégation.

Mais, brusquement, il s'excusa, s'échappa.