Elle tapait dans ses mains, ravie de ce beau projet. Mais, juste à ce moment, don Vigilio parut, l'air effaré.

—Est-ce que la princesse n'est pas là?

—Non, ma tante est sortie... Qu'y a-t-il donc?

—C'est Son Éminence qui m'envoie... Le prince vient de se sentir indisposé, en se levant de table... Oh! rien, rien de bien grave sans doute.

Elle eut un cri, plutôt de surprise que d'inquiétude.

—Comment, Dario!... Mais nous allons tous descendre. Venez donc, monsieur l'abbé. Il ne faut pas qu'il soit malade, pour nous emmener en voiture.

Puis, dans l'escalier, comme elle rencontrait Victorine, elle la fit descendre aussi.

—Dario se trouve indisposé, on peut avoir besoin de toi.

Tous quatre entrèrent dans la chambre, vaste et surannée, meublée simplement, où le jeune prince venait déjà de passer un long mois, cloué là par sa blessure à l'épaule. On y arrivait en traversant un petit salon; et, partant du cabinet de toilette voisin, un couloir reliait ces pièces à l'appartement intime du cardinal: la salle à manger, la chambre à coucher, le cabinet de travail, relativement étroits, qu'on avait taillés dans une des immenses salles de jadis, à l'aide de cloisons. Il y avait encore la chapelle, dont la porte ouvrait sur le couloir, une simple chambre nue, où se trouvait un autel de bois peint, sans un tapis, sans une chaise, rien que le carreau dur et froid, pour s'agenouiller et prier.

En entrant, Benedetta courut au lit, sur lequel Dario était allongé, tout vêtu. Près de lui, le cardinal Boccanera se tenait debout, paternellement; et, dans l'inquiétude commençante, il gardait sa haute taille fière, son calme d'âme souveraine et sans reproche.