Un sourire pinça les lèvres du secrétaire, pendant que ses yeux flambaient d'une ironie dont il n'était plus maître.
—Oh! très liées, non, non!... Elles se voient, quand elles ne peuvent pas faire autrement.
Et il expliqua qu'on avait des égards pour la haute naissance du cardinal Boccanera, de sorte qu'on se réunissait volontiers chez lui, lorsqu'une affaire grave se présentait, comme ce jour-là précisément, nécessitant une entrevue, en dehors des séances habituelles. Le cardinal Sanguinetti était le fils d'un petit médecin de Viterbe.
—Non, non! Leurs Éminences ne sont pas liées du tout... Quand on n'a ni les mêmes idées, ni le même caractère, il est bien difficile de s'entendre. Et surtout quand on se gêne!
Il avait dit cela plus bas, comme à lui-même, avec son sourire mince. D'ailleurs, Pierre écoutait à peine, tout à sa préoccupation personnelle.
—Peut-être bien est-ce pour une affaire de l'Index qu'ils sont réunis? demanda-t-il.
Don Vigilio devait savoir le motif de la réunion. Mais il se contenta de répondre que, pour une affaire de l'Index, la réunion aurait eu lieu chez le préfet de la congrégation. Et Pierre, cédant à son impatience, en fut réduit à lui poser une question directe.
—Mon affaire à moi, l'affaire de mon livre, vous la connaissez, n'est-ce pas? Puisque Son Éminence fait partie de la congrégation, et que les dossiers vous passent par les mains, vous pourriez peut-être me donner quelque utile renseignement. Je ne sais rien, et j'ai une telle hâte de savoir!
Du coup, don Vigilio fut repris de son inquiétude effarée. Il bégaya d'abord, disant qu'il n'avait pas vu le dossier, ce qui était vrai.
—Je vous assure, aucune pièce ne nous est encore parvenue, j'ignore absolument tout.