—Non, non! cousine, promène là-bas monsieur l'abbé, si cela t'amuse... Moi, j'y suis allé, et je n'y retourne pas. Ma parole! en rentrant, j'ai failli me mettre au lit, la cervelle et l'estomac à l'envers... Non, non! c'est trop triste, ce n'est pas possible, des abominations pareilles!

A ce moment, une voix mécontente s'éleva du coin de la cheminée. Donna Serafina sortait de son long silence.

—Il a raison, Dario! Envoie ton aumône, ma chère, et j'y joindrai volontiers la mienne... Seulement, il y a d'autres endroits plus utiles à voir, où tu peux conduire monsieur l'abbé... Tu vas, en vérité, lui faire emporter là un beau souvenir de notre ville!

L'orgueil romain sonnait seul au fond de sa mauvaise humeur. A quoi bon montrer ses plaies aux étrangers qui viennent, amenés peut-être par des curiosités hostiles? Il fallait être toujours en beauté, ne montrer Rome que dans l'apparat de sa gloire.

Mais Narcisse s'était emparé de Pierre.

—Oh! mon cher, c'est vrai, j'oubliais de vous recommander cette promenade... Il faut absolument que vous visitiez le nouveau quartier qu'on a bâti aux Prés du Château. Il est typique, il résume tous les autres; et vous n'aurez pas perdu votre temps, je vous en réponds, car rien au monde ne vous en dira plus long sur la Rome actuelle. C'est extraordinaire, extraordinaire!

Puis, s'adressant à Benedetta:

—Est-ce entendu? voulez-vous demain matin?... Vous nous trouveriez là-bas, l'abbé et moi, parce que je tiens à le mettre d'abord au courant, pour qu'il comprenne... A dix heures, voulez-vous?

Avant de répondre, la contessina, qui s'était tournée vers sa tante, lui tint tête, respectueusement.

—Allez, ma tante, monsieur l'abbé a dû rencontrer assez de mendiants dans nos rues, il peut tout voir. Et, d'ailleurs, d'après ce qu'il raconte dans son livre, il n'en verra pas plus à Rome qu'il n'en a vu à Paris. Partout, comme il le dit quelque part, la faim est la même.