Trois quarts d'heure se passèrent, puis quatre, puis cinq. Au bout d'une heure et demie, un gendarme se montra enfin, la mine longue: toutes les recherches étaient restées sans résultat. Gilquin, pris de fièvre, marchait d'un pas saccadé, allant de la porte à la fenêtre, regardant tomber le jour. Sûrement on ouvrirait le bal sans lui; la femme du proviseur croirait à une impolitesse; cela le rendrait ridicule, paralyserait ses moyens de séduction. Et, chaque fois qu'il passait devant le notaire, il sentait la colère l'étrangler; jamais malfaiteur ne lui avait donné tant d'embarras. Le notaire, plus froid, plus blême, restait allongé, sans un mouvement.

Ce fut seulement à sept heures passées que le brigadier reparut, l'air rayonnant. Il avait enfin trouvé le vieux coupé de l'aubergiste, caché au fond d'un hangar, à un quart de lieue du village. Le coupé était tout attelé, et c'était l'ébrouement du cheval qui l'avait fait découvrir. Mais quand la voiture fut à la porte, il fallut habiller M. Martineau. Cela prit un temps fort long.

Mme Martineau, avec une lenteur grave, lui mit des bas blancs, une chemise blanche; puis, elle le vêtit tout en noir, pantalon, gilet, redingote. Jamais elle ne consentit à se laisser aider par un gendarme. Le notaire s'abandonnait entre ses bras sans une résistance. On avait allumé une lampe. Gilquin tapait dans ses mains d'impatience, tandis que le brigadier, immobile, mettait au plafond l'ombre énorme de son chapeau.

«Est-ce fini, est-ce fini?» répétait Gilquin.

Mme Martineau fouillait un meuble depuis cinq minutes. Elle en tira une paire de gants noirs, et les glissa dans la poche de M. Martineau.

«J'espère, monsieur, demanda-t-elle, que vous me laisserez monter dans la voiture? Je veux accompagner mon mari.

—C'est impossible», répondit brutalement Gilquin.

Elle se contint. Elle n'insista pas.

«Au moins, reprit-elle, me permettrez-vous de le suivre?

—Les routes sont libres, dit-il. Mais vous ne trouverez pas de voiture, puisqu'il n'y en a pas dans le pays.» Elle haussa légèrement les épaules et sortit donner un ordre. Dix minutes plus tard, un cabriolet stationnait à la porte, derrière le coupé. Il fallut alors descendre M. Martineau. Les deux gendarmes le portaient.